3 juin 2020

De l'urbanisme :
Lettre de l'un de nos adhérents


L’Urbanisme, un enjeu politique ….


L’urbanisme recouvre un ensemble de notions souvent perçues comme un enchevêtrement de règles dont la logique est devenue incompréhensible.

Or, il s’agit simplement d’élaborer des principes d’aménagement qui, partant d’un territoire donné, privilégie ses points forts, réduit ses points faibles, pour au final le rendre plus agréable à vivre pour ses habitants et tous ceux qui viennent le visiter.

Un aménagement, que ce soit une voie de circulation, une maison, un atelier, un immeuble, un hôtel ou un lieu public, est destiné à durer plusieurs dizaines d’années. Ses qualités ou ses défauts seront donc appréciés par plusieurs générations qui méritent toute l’attention des élus qui autorisent son implantation.

Présenté ainsi, l’on voit tout de suite que l’urbanisme est un enjeu politique qui engage l’avenir d’un village, d’une ville, d’un territoire ou d’une région pour de longues années. D’ailleurs urbanisme et politique ont les mêmes racines étymologiques, l’une grecque (polis) et l’autre latine (urbs) qui toutes deux font référence à la gestion de la cité d’autrefois qui comprenait la ville et ses alentours.


Un bon urbanisme repose sur quelques outils simples :


  • Un état des lieux sans complaisance qui mette bien en évidence les forces et les faiblesses de l’existant dans tous les domaines qui contribuent à la qualité de vie (géographie, climat, histoire, espaces naturels, transports, voirie et parking, habitat, tissu économique, activité touristique et culturelle, etc…..). Ce travail peut et doit être l’objet d’une large concertation avec la population qui connait mieux que quiconque le territoire dans lequel elle vit quotidiennement.

Le rapport de présentation qui est l’un des documents de référence du plan local d’urbanisme (PLU) répond en principe à ce besoin. Encore faut-il qu’il soit établi par des gens qui connaissent parfaitement le territoire et non pas confié, comme c’est souvent la règle, à des cabinets qui découvrent les lieux et qui pratiquent abondamment le «copier- coller» pour appliquer des analyses faites lors de missions précédentes. Il doit évidemment être parfaitement maitrisé et validé par les élus et en particulier l’exécutif de la ville.


  • Une vision à 20 ou 30 ans pour fixer les grands principes d’urbanisation qui, en respectant la qualité des lieux, tendront à améliorer l’existant en matière de transport, d’évolution de population, d’équilibres économiques et écologiques, de qualité de construction et d’intégration au site des bâtiments. Le plan d’aménagement et de développement durable (PADD), autre document de référence du PLU, propose les grands principes d’évolution du territoire. Encore faut-il qu’il soit le fruit de la réflexion des élus et de l’administration de la ville et non pas le résultat du « travail en chambre » de spécialistes venus de l’extérieur. Ce PADD permet de donner les orientations d’aménagement et de programmation sur le long terme.


  • Un plan de zonage dont la logique doit être facile à expliquer et qui résulte des deux précédents documents. Ceci implique un gros effort de concertation, puis de communication à la population.


  • Un règlement rédigé dans un langage accessible et parfaitement compatible avec les différentes strates réglementaires (codes de l’urbanisme et de la construction, schéma directeur régional,  schéma de cohérence territoriale (SCOT), PLU intercommunal, etc…).


Un enjeu local ….


Dans Plan Local d’Urbanisme (PLU), il y a avant tout local. Cela veut dire que c’est d’abord au Maire et à son exécutif de savoir ce qu’il veut et de le traduire dans les textes règlementaires. Lorsqu’il existe un PLU Intercommunal, ce document est en fait la synthèse des orientations prises dans chaque commune en veillant à la cohérence de l’ensemble. Bien entendu les textes doivent être compatibles avec tous les documents qui s’imposent au PLU, mais en dernière analyse, c’est bien une délibération votée par le conseil municipale et signée par le Maire qui valide les règlements et documents qui s’imposent à la population.

Tout maire qui dit le contraire, soit ment, soit ne sait pas de quoi il parle. En matière d’urbanisme, toutes les autorisations sont bien de son entière responsabilité.


Qu’en est-il à Gérardmer ?


Le PLU voté en 2012 a été attaqué et dénoncé par le tribunal administratif pour deux raisons : 

  1. La procédure n’a pas été respectée en particulier en matière de communication des éléments du dossier aux membres du conseil municipal, jugée insuffisante.

  2. Les réponses aux questions posées lors de l’enquête publique ont été jugées insuffisamment argumentées.

Le Maire s’est contenté de relancer rapidement l’enquête publique. Compte tenu des vices de procédures, et surtout de lacunes graves puisque les lois dites du GRENELLE 2 votées en 2010 qui concernent la protection de l’environnement, n’ont pas été prises en compte, il fallait reprendre ce PLU de fond en comble.


Au-delà de ces vices de forme, le PLU en vigueur depuis 2015 a prouvé qu’il était totalement inadapté à l’évolution de la ville de Gérardmer. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui s’est passé ces 5 dernières années et qui est fort bien mis en évidence par l’association « Gérardmer Patrimoine Nature » :


  • Densification abusive du versant de La Rayée avec comme conséquence

    • une dégradation du réseau hydrique qui ne peut plus faire face aux gros orages avec des inondations à répétition (2018 & 2020),

    • des relations de voisinage rendues difficiles en raison des faibles distances entre les constructions,

    • un fort impact sur les prix de l’immobilier qui devient difficilement accessible aux résidents permanents,

    • la main mise sur le foncier par un opérateur dont on peut légitimement se poser la question de ses relations avec la Municipalité.


  • Projet en emprise sur le massif forestier qui domine le lac dans une zone vierge de toute construction qui aurait dû rester préservé en zone naturelle. Ce chantier est contre nature et vient bouleverser le paysage des bords du lac.

    • Par quel miracle, l’opérateur a-t-il obtenu l’autorisation de construire à cet endroit alors que le PLU se vantait de privilégier les zones naturelles et de réduire les zones constructibles ?

  • Minéralisation du centre ville :

Certes Gérardmer profite d’un environnement exceptionnel et la forêt n’est jamais très loin … mais qu’en est-il des espaces verts dans le centre ville ? Dès que l’on quitte les bords du lac et le quartier du Trexeau, les arbres se font de plus en plus rares et les voitures envahissent tous les espaces disponibles (place de la gare, place du tilleul, parking du Casino)

  • sans parler de la rénovation laborieuse et coûteuse des abords de l’église où les arbres ont été allègrement abattus pour être remplacés par des marches de granit …..

  • sans parler du parc à camping car derrière l’ancienne gare qui ressemble plus à un parking qu’à un lieu d’accueil pour des touristes qui viennent chercher à Gérardmer le calme de la nature …


  • Circulation et parkings :

Gérardmer est le point de mire touristique des Vosges. En hiver comme en été, chaque week end voit la population augmenter considérablement. Mal desservie par les transports en commun la ville est régulièrement envahie par les voitures sans autres possibilité de parking que les places déjà évoquées et la voirie de surface, très vite encombrée. Toutes les villes touristiques sont équipés de parking payants en périphérie, ou mieux sous terrains avec des aménagement paysagers sur dalle en surface. Gérardmer préfère conserver des solutions qui datent de la reconstruction.


  • Tourisme et qualité de vie

Le tourisme est la principale activité de Gérardmer.  Il faut cependant se poser la question du type de tourisme souhaitable. A l’heure où la défense de l’environnement devient un enjeu mondial, Gérardmer a une carte à jouer en prônant un tourisme proche et respectueux de la nature. A ce titre, l’on peut se poser quelques questions :


  • Faut-il continuer à attirer toutes les attraction bruyantes et de qualité médiocre, qui fleurissent sur les bords du lac ?

  • Comment gérer les grandes manifestations qui font la renommée de Gérardmer (fêtes des jonquilles, feux d’artifice, festivals de cinéma, motors day, etc…).

  • Quels espaces réserver aux promeneurs, aux cyclistes, aux 2 roues motorisés, aux voitures ?

  • Comment préserver les biens précieux et de plus en plus recherchés que sont l’espace, le silence, la nature ?

  • Comment faire le lien entre la ville et la nature qui l’environne ?



L’on pourrait continuer la liste des sujets à traiter mais il est urgent et indispensable de réviser le PLU si l’on veut construire une ville plus belle, plus humaine, plus respectueuse de l’environnement, en bref une ville où l’on ait envie de vivre !


C’est un projet politique qui doit être porté par une liste proche des associations de défense qui se sentent concernées et en étroite concertation avec la population.

 
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